CACQ


Parmi les clubs d'attelages de chiens au Québec, il en est un qui se démarque des autres, non seulement par son ancienneté, mais aussi par son expérience dans l'organisation de courses de sprint, par la grande compétivité de ses membres, et par une relève de coureurs non négligeable. Avec un calendrier complet, des bourses intéressantes et la participation de plusieurs courses à l'Open Pro Tour depuis l'année dernière, cette association est une référence dans le domaine des courses de chiens au Québec.On ne peut cependant pas en parler sans évoquer le Stadacona Sled Dog Club, précurseur du CACQ.

Remontons un peu dans le temps... dans les années cinquante plus particulièrement. Des courses étaient organisées dans les régions autour de la ville de Québec, souvent par des coureurs qui voulaient se mesurer à d'autres. La méthode était simple, on faisait le tour des commerces du coin, on acceptait tous les dons, argent ou matériel.Ca pouvait être des bottines de feutre, cigarettes, boisson, meubles , vêtements, ou tout ce qu'un bienveillant donateur offrait. Les courses se faisaient souvent sur des routes de campagne plus ou moins entretenues, et étaient limitées à trois chiens.Tous les "cadeaux" étaient étalés sur une table et le gagnant se choisissait un prix en premier, ensuite le deuxième, et ainsi de suite. Les règlements étaient à peu près inexistants et bien des altercations éclataient pendant et après la compétition.
Il y avait pourtant à cette époque l'Association des Derbies nationaux qui organisait la course du Derby de Québec. Mais cette course, avec ses cent milles en trois jours et ses gros chenils américains qui venaient y participer s'adressait à des coureurs de calibre international. La grande majorité des coureurs québécois ne possédaient que très peu de chiens et pour plusieurs cette course "open" était impossible à faire.
Il y eut donc quelqu'un qui prit modèle sur cette association et qui décida d'organiser de vraies courses pour tous ceux qui avaient la compétition dans l'âme, mais un nombre restreint de chiens. C'était Monsieur Alfred Abel.En 1957,il fonda le Stadacona Sled Dog Club, qui devait devenir dans les années 70 le CACQ (Club d'attelages de chiens de Québec).
ALFRED ABEL ET LE STADACONA SLED DOG CLUB.


Alfred Abel était un amateur de chiens.Il en possédait lui-même quelques uns. Il avait déjà participé au Derby de Québec à quelques reprises.
Il était aussi un visionnaire. Il voyait un grand avenir pour les courses de chiens. Le nom qu'il choisit pour son club en est la preuve: d'abord l'anglais pour attirer des coureurs anglophones. Ensuite le nom Stadacona qui fait référence au mot que les amérindiens avait utilisé pour parler de leur pays à Jacques Cartier .Celui-ci ayant mal entendu le transforma en "Canada".
Pour fonder son club, il s'associa avec des gens qui avaient l'expérience dans l'organisation du Derby du Carnaval de Québec, soit Jacques Gravel et Henri Bertrand. Comme il misait beaucoup sur la publicité pour réaliser son projet, il fit appel à Roland Sabourin, journaliste sportif du plus important journal de la ville de Québec, Le Soleil. Mais surtout, et ce fut sa grande force, il trouvait des commanditaires et pouvait offrir des bourses en argent aux coureurs.



cacq3



Mr Abel au Carnaval de Québec

La première course qu'il organisa eut lieu à Québec, au Collège de Stadacona le 10 février 1957. C'était une course d'une seule journée à trois chiens. Le gagnant remportait une bourse de $25.00, le deuxième $20.00, le troisième $15.00, le quatrième $10.00 et le cinquième $5.00. Tous les autres étaient remboursés pour leur inscription. Il y eut dix-sept coureurs. Alec Garneau, le gagnant, courut la distance de 13 milles environ, dans la neige épaisse, en une heure et 51sec.
Encouragé par cette première réussite, l'année suivante, Monsieur Abel,organisa une course au même endroit. Cette fois-là, c'est Jean-Baptiste Carrier qui la remporta, devançant une vingtaine de concurrents.
Fort de ces deux expériences,dès l'hiver 1959, le Stadacona Sled Dog Club pouvait présenter six courses dans les environs de Québec. Le nombre de chiens passa à un minimum de cinq et la compétition se déroulait en deux étapes. Les bases des courses de chiens venaient d'être établies.
Monsieur Abel,avait toujours trois objectifs en organisant une course - que le ou les commanditaires soient assez satisfaits pour recommencer l'expérience l'année suivante.
- que les coureurs soient contents.
- que les spectateurs apprécient le spectacle.
Pour réaliser ces objectifs,il misait sur la publicité, avant , pendant et après l'évènement. C'est pourquoi, il multipliait les communiqués de presses à tous les journaux de la région, avec le concours de journalistes spécialisés en sport.Il organisait des apparitions à la télévision avec un coureur et quelques chiens.Les postes de radio étaient aussi mis à contribution pour annoncer la tenue de la compétition.

Cette façon de faire réussissait si bien que dans les années soixante le Stadacona Sled Dog Club était capable de présenter des courses à chaque fin de semaine, ainsi que des courses pré-saison, et une course pour les entraineurs, les femmes et les commmanditaires à la fin de l'hiver. Le montant total des bourses attribuées dans l'hiver pouvaient atteindre $11,000 ce qui était beaucoup d'argent pour l'époque.

Sous la supervision de Monsieur Abel, plusieurs villes et villages se mirent à organiser des carnavals, avec une course de chiens comme événement majeur. Beauceville, St-Nicolas, Montmagny, Sillery, Deschambault, Deschaillon, St-Agapit, Rimouski, Ville Dégelis, Beaumont, VAl St-MIchel, St-Émile, St-Georges de Beauce accueillaient les compétiteurs et leurs chiens pour une fin de semaine chaque hiver.Afin d'inciter les mushers à se déplacer, car c'était très nouveau pour la plupart d'entre eux, Monsieur Abel offrait la gratuité des chambres d'hôtel, des coupons pour l'essence, des coupons pour des repas au restaurant pour le coureur et son aide.Il avançait même quelquefois, l'argent de l'inscription
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Hystorique du CACQ (Beauceville)

Monsieur Abel menait sa petite entreprise avec une main de fer et un minimum de gens : sa fille Denise comme secrétaire, Monsieur Lelièvre chronométeur, un responsable de la trail qu'il envoyait quelques jours avant pour faire les dernières vérifications, et quelqu'un pour aller à la "loope" le jour de la course.Il engageait aussi un responsable de la publicité, rôle que Pierre Parent a rempli pendant plusieurs années. Il s'occupait lui-même de l'animation au micro, des litiges entre coureurs, des problèmes avant, pendant et après la course. Finalement il prenait toutes les décisions mais assumait aussi tous les risques. Son objectif était de réussir à produire un bon spectacle qui attirerait le plus de monde possible. C'était aussi le désir des commanditaires et la vente de bières et de boissons alcoolisées comptait pour beaucoup dans leur implication.

Avec des courses de plus en plus nombreuses, et des bourses alléchantes,le nombre de compétiteurs augmenta. Plus d'une vingtaine d'équipes prenaient le départ à chaque course.En 1968, à la demande des coureurs, une course à trois chiens, s'ajouta à l'événement, le dimanche seulement. C'est ainsi que de nouveaux coureurs firent leur apprentissage et assurèrent une relève pour les années à venir.

Forts de leur expérience au Stadacona sled dog club, plusieurs coureurs commencèrent à aller compétionner loin de Québec. D'autres clubs s'étaient formés, dans d'autres régions et offraient des bourses intéressantes et une compétition relevée, (Sutton, Maniwaki, North Bay, Ste-Agathe).
Craignant cette tendance, monsieur Abel,demanda aux coureurs de signer un contrat d'exclusivité, d'une durée de trois ans dans lequel ils s'engageaient à ne courir que les courses du Stadacona Sled Dog Club . Une dérogation pouvait cependant être accordée si il n'y avait pas de course de prévue dans le calendrier, et bien entendu pour la course de Laconia, à laquelle participait de nombreux québécois.
Une telle chose serait impensable aujourd'hui mais il faut se replacer dans le contexte. Monsieur Abel possédait une entreprise qui organisait un spectacle, soit une course de chiens. Il s'engageait personnellement envers son commanditaire à fournir un nombre d'équipes . Il devait prendre tous les moyens possibles pour garder "ses" coureurs sous sa tutelle.


En 1972, il changea le nom de son club pour Club d'attelages de chiens du Québec. D'autres changements se préparaient...
En treize ans, les coureurs avaient évolués et se sentaient prêts à se prendre en main, dans un autre genre d'association plus démocratique. Les années d'Alfred Abel avaient permis aux coureurs d'apprendre tous les trucs pour organiser des courses,pour s'assumer en tant qu'organisation, ils se sentaient maintenant prèts à voler de leurs propres ailes. Ce fut la naissance d'un club social ( le CACQ) avec Roger Grondin comme président. Monsieur Abel se gardait le rôle de coordonateur, mais il décida de quitter après quelques temps.
Quand il parle de ces années, Monsieur Abel n'a que de bons souvenirs. Pour lui il n'y avait pas de problèmes, seulement des solution. Certains ont pensé qu'il organisait des courses de chiens pour faire de l'argent. Mais il suffit de parler avec lui de cette époque pour voir ses yeux s'illuminer et on peut ressentir encore toute la passion qui l'a animée au cours de ces années.


QUE RETIENDRA L'HISTOIRE ?
L' implication de Monsieur Abel dans ce sport a été déterminante pour sortir les courses de l'amateurisme .En fondant le Stadacona Sled Dog Club, il a élevé les courses de chiens en véritable sport de compétition. Cela a permis à plusieurs coureurs québécois de faire leurs marques ici et ailleurs. Et si aujourd'hui il y a une forte concentration de coureurs dans les environs de Québec, c'est sûrement en partie grâce à Monsieur Abel et son club, le Stadacona Sled Dog Club.

Lynda Marmen ( paru dans Départ Arrivée janvier 2007)


 
 



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